Les territoires émotionnels : l’expression de la colère

La colère, une émotion négative ?

La colère est une émotion généralement mal perçue dans notre société . Souvent qualifiée d’émotion « négative » par certains, elle dérange ! Dans le champ social, certains préféreraient que seule la joie s’exprime. Or, aucune émotion n’est positive ou négative en soi. Chacune est utile et a une signification qui lui est propre. N’oublions jamais que le ressenti d’une émotion ne se commande pas, c’est un mouvement naturel intérieur, signe qu’un de nos besoins profonds n’est pas respecté face à une situation vécue.

S’autoriser à contacter l’énergie de la colère nous sert à nous défendre face à ce que l’on ressent comme une menace provenant de l’extérieur, nous permettant ainsi de préserver nos besoins, nos positions ou notre place dans ce monde.

Différents stades d’expression de la colère

L’expression de cette émotion peut se faire selon différents stades, degrés d’énergie : de l’irritation à l’agacement, de l’énervement à la colère noire, jusqu’à la fureur. Si la colère n’est pas écoutée, son intensité augmente jusqu’à ce qu’elle puisse être enfin entendue et accueillie.

Parfois, on ne s’autorise pas à exprimer sa colère par peur de devenir violent soi-même. Il y a souvent derrière cette peur une croyance inconsciente que la colère est le parfait synonyme de la violence. Cette croyance a généralement été nourrie chez la personne qui le pense lorsqu’elle a elle-même été témoin ou victime de colère violente, d’agression de la part d’autrui.

La violence est un stade ultime d’expression de colère, soit consécutif à une série d’états de colère réprimés ou mal entendus auparavant face à la même situation, soit par réaction à la hauteur de la menace subie. Dans le premier cas, l’image de la « cocotte minute » explosant faute d’avoir pu relâcher la pression est assez parlante. Evidemment, la violence n’est pas une solution  en soi car elle est destructive. Et la loi est là pour nous rappeler qu’elle est condamnable.

La colère n’est pas QUE violence. Dire calmement « non ! » ou « stop ! » à ce qui ne nous convient pas, dès l’instant qu’on le ressent, c’est déjà contacter l’énergie de la colère. Comme toute émotion, c’est une énergie mobilisatrice qui nous permet de réagir face à ce qui ne nous convient pas et d’oeuvrer pour que ça le devienne.

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Ressentir la colère et pouvoir l’exprimer

Certaines personnes ont parfois tendance à faire l’amalgame entre le fait de ressentir une émotion et le fait de l’exprimer, c’est à dire de l’extérioriser pleinement. Ce sont deux choses différentes, l’une est la conséquence logique de l’autre, mais trop souvent on s’arrête au stade du ressenti. Cela met en évidence l’empêchement qui opère dans ses relations : à l’autre, aux autres et à soi, comme des barrières au fait d’exprimer pour passer ensuite à autre chose.  Pourquoi ?

L’autorisation d’exprimer ou non sa colère, d’en permettre le mouvement dès qu’il s’exprime, prend généralement sa source dans notre enfance et plus particulièrement dans notre éducation.

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Si le(s) parent(s) a ou ont plutôt offert à leur enfant un cadre sain autorisant l’expression de toutes ses émotions, sans émettre de jugement, alors l’enfant grandissant par la suite saura exprimer ce qu’il ressent sans réprimer, sans refouler et de façon proportionnée à ce qu’il ressent. Si par contre, le cadre proposé par le(s) parent(s) à l’enfant n’était pas propice à l’identification et l’expression de ses ressentis, par ce que ce n’était pas permis, jugé négativement voire complètement interdit, alors l’enfant devenu adulte aura plutôt tendance à s’empêcher d’exprimer ce qu’il ressent ou bien à avoir des réactions disproportionnées par rapport à  l’injustice personnelle subie.

Que disaient nos parents lorsqu’enfant, nous nous mettions en colère ? « Arrête de dire non ! », « ce n’est pas bien de bouder » (répression) ou « Je vois que tu es en colère, que se passe t-il ? Pourquoi ? Puis-je t’aider ?  » (accueil). En tant que parent, comment accueillons-nous la colère de nos enfants ? Comment accueillons-nous en miroir notre propre colère ? Le cadre d’expression émotionnelle proposé à l’enfant est toujours un territoire d’expérimentation et un terrain d’apprentissage pour l’enfant. Apprendre à dire non autant qu’à dire oui !

Jamais trop tard pour apprendre à dire « non ! »

Si il ne nous a pas été facile dans le passé de s’autoriser à exprimer sa colère, à dire « non ! » du fait de notre éducation ou d’évènement(s) stressant(s) nous l’interdisant et que cela nous pose encore des difficulté(s) dans certaines situations, il est utile de trouver de l’aide et de se faire accompagner dans un travail ciblé en psychothérapie ou en somatothérapie pour identifier les causes profondes à cela, autant que de trouver pour soi les bonnes conditions pour exprimer ce que l’on ressent et l’adresser « à qui de droit ». Plutôt que de subir, de supporter et prendre en charge inlassablement jusqu’à somatiser.

Il est toujours temps d’apprendre.

 

Philippe Bien

Somatothérapeute en Relation d’Aide par le Toucher™ –  Thérapie psycho-corporelle

 

Pour en savoir plus sur ce thème :

le sens de nos émotions (blog) : accéder à l’article clic-ici

Reprendre des forces avec la somatothérapie (Psychologies Magazine) : accéder à l’article clic-ici

Aller mieux grâce à la Relation d’Aide par le Toucher ® (blog) : accéder à l’article clic-ici

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Les propos, techniques et méthodes présentés dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, à l’exclusion de tout objectif médical ou paramédical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un médecin en cas de doute et à chaque fois que cela est nécessaire.

© Inamovemento – 2019 ; Crédits photos : M. Varma, N. Shaabana, R. Franco on unsplash

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Philippe Bien