« C’est psychosomatique ! » La face cachée de nos maux ?

Le terme psychosomatique désigne les désordres physiques de santé occasionnés ou aggravés par des facteurs psychologiques (notre organisation émotionnelle et psychique, notre façon de réagir face au stress ou un évènement). Par extension, on dira d’une personne qu’elle somatise quand elle traduit un conflit psychologique intérieur en affection corporelle. Cela part du principe d’une relation étroite entre notre corps et notre esprit qui ouvre tout un champ d’explications sur l’origine de certains de nos maux et la manière de se faire aider pour aller mieux.

Il est intéressant de noter comment ce lien a été particulièrement intégré dans notre langage courant au travers d’expressions illustrant des situations de souffrance physique et psychologique. « En avoir plein le dos », « avoir du mal à digérer» un évènement, « se prendre la tête avec un dossier ou une personne » font partie d’expressions parlantes largement utilisées et faisant état du lien opérant entre nos états émotionnels et physiques face à des situations de la vie insatisfaisantes ou inadaptées. Dans le meilleur des cas, nous arrivons à identifier ce qui ne va pas et nous pouvons l’extérioriser et agir en conséquence. Mais parfois, c’est impossible car nous n’avons pas conscience du problème ou bien ne pouvons pas (encore) agir sur la cause de la difficulté vécue pour retrouver un équilibre émotionnel satisfaisant.

Qu’est-ce qu’une maladie psychosomatique ?

Parmi les désordres considérés par le corps médical comme étant à forte composante psychosomatique, on dénombrerait, sans pour autant être exhaustif :

  • des tensions musculaires comme mal de dos (sans lésion vertébrale)
  • l’hypertension artérielle ;
  • des maladies de peau : eczéma, psoriasis, éruptions de dartres, poussées d’aphtes ;
  • des troubles gastro-intestinaux : colopathies fonctionnelles ou syndrome de l’intestin irritable, etc ;
  • des maladies inflammatoires dont la récurrence peut être influencée par l’état psychique de la personne (stress, anxiété) ;
  • des désordres plus généraux : état de fatigue généralisée, troubles du sommeil ou de la libido (perte d’appétit sexuel par exemple), troubles de l’alimentation.

 

Au contraire de l’hypocondrie où la personne imagine être malade alors qu’elle ne l’est pas, la psychosomatisation signifie que la personne traduit une difficulté psychique ou émotionnelle en maux physiques bien réels qu’il est nécessaire de considérer en soi. Mettre du sens à sa souffrance invite toujours à aborder les choses selon deux aspects : le symptôme, c’est à dire l’expression réelle du désordre physique et la cause, qu’elle soit expliquée médicalement ou non.

Rappelons ici que dans tous les cas, seul un médecin est habilité à poser un diagnostic préalable à un traitement adapté et qu’il faut toujours consulter en cas de doute sur sa santé. Cela permet d’éviter d’une part les comportements potentiellement dangereux d’automédication, et d’autre part les phénomènes de psychologisation, comme celui, par exemple, de trouver une explication psychologique à tous nos maux en délaissant le symptôme et son traitement médical adapté en conséquence. En résumé, l’approche psychosomatique ne se substitue pas à celle de la médecine, ni au traitement médical et doit être envisagée comme un approche complémentaire pour aider à la résolution de la difficulté physique par le dénouement ou l’apaisement de la difficulté  psychique.

Si, après avis du médecin, une origine psychologique est suspectée ou bien si le facteur stress est identifié comme aggravant le symptôme, alors il est nécessaire de s’intéresser à ce qui se « cache » derrière l’expression de son désordre physique, surtout s’il est chronique. C’est-à-dire s’interroger sur sa propre histoire de vie (passée ou présente) et sa façon en tant qu’individu d’appréhender ce que l’on vit d’un point de vue psychique.

Une façon qu’a le corps de prendre en charge, à notre insu

Même si les hypothèses avancées par les scientifiques pour expliquer les mécanismes à l’œuvre dans les réactions psychosomatiques divergent parfois en fonction des courants de pensée, la plupart s’accordent à dire que la somatisation est un mécanisme inconscient du corps : lorsqu’une personne est dans l’impossibilité de mettre du sens, d’exprimer, d’agir« dans le réel » face à une situation inadaptée pour elle, son corps va prendre en charge et se manifester à sa place, par un trouble physique, en général sur la zone en lien symboliquement avec l’objet de la difficulté. La blessure émotionnelle prend corps. Cela va, par rebond, l’empêcher de faire quelque chose de prévu ou au contraire de lui faire vivre quelque chose de différent ou d’imprévu. C’est le psychique qui se manifeste physiquement.

L’approche psychosomatique : des racines anciennes et universelles

Dans notre monde occidental, les liens entre l’esprit, l’âme et le corps ont toujours été au centre des débats et des préoccupations des philosophes, ecclésiastes, hommes de sciences. Dans l’antiquité, l’âme, le corps et l’esprit étaient considérés comme entités à distinctes mais liées entre elles : l’esprit étant associé à la pensée, le corps à notre matière physique, l’âme plutôt associée aux émotions, aux sentiments, c’est-à-dire ce qui nous anime ; L’âme (du latin anima) ou « souffle de vie » comme l’appelaient certains commentateurs d’Aristote orchestrant nos actions notamment les conflits éventuels entre le corps et l’esprit.

« Les maux du corps sont les mots de l’âme, ainsi on ne doit pas chercher à guérir le corps sans chercher à guérir l’âme » Platon

Déjà alors, on considérait que le corps pouvait être influencé par l’âme : le philosophe Platon disait que « Les maux du corps sont les mots de l’âme, ainsi on ne doit pas chercher à guérir le corps sans chercher à guérir l’âme » ? Puis, par convention de l’autorité religieuse lors du 8ème concile de Constantinople (IVème siècle après J.C), on décréta la fusion des notions d’esprit et d’âme dans une dichotomie corps-âme (esprit) qui a perduré ensuite, ouvrant la voie à une vision plus binaire. Cette dualité corps-esprit devrait être considérée plus dans un sens de distinction que d’opposition, même si certains pensent encore aujourd’hui qu’il n’y a pas de lien entre les deux. Même René Descartes, philosophe du 17ème siècle, à qui l’on prête souvent le fait d’avoir ouvert la voie à l’opposition entre le corps et l’esprit dans une vision totalement « dualiste » considérait que « certaines choses que nous expérimentons en nous-mêmes, (qui) ne doivent pas être attribuées à l’âme seule, ni aussi au corps seul, mais à l’étroite union qui est entre eux…».

Plus récemment, la médecine moderne, nourrie par l’approche psychanalytique au début du XXème siècle s’est mise à investiguer scientifiquement les liens étroits entre l’esprit-âme et le corps, à la fois dans le diagnostic et le traitement des maladies. Le terme psychosomatique est apparu pour la première fois dans la deuxième moitié du XIXème siècle et en France, c’est Pierre Marty, médecin psychiatre et psychanalyste, qui a fortement contribué à développer l’approche psychosomatique ; il fut l’un des fondateurs de l’Institut de Psychosomatique de Paris en 1962. Aujourd’hui, les neurosciences explorent de plus en plus le sujet en apportant de nouvelles clés d’explication. La science a notamment établi qu’il existait des liens entre le système immunitaire qui organise la défense de notre corps face aux agressions de toute sorte et le système nerveux chez l’homme qui gouverne, entre autres, notre organisation psychique.

« Les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. » C.G. Jung

La culture extrême-orientale, en Chine ou au Japon au travers de la médecine traditionnelle chinoise ou en Inde par la médecine ayurvédique, a toujours considéré ce lien étroit entre l’état physique et notre humeur, nos émotions, dans une approche symbolique et holistique (au sens de global) de notre équilibre physique et intérieur.

Etre accompagné pour dépasser la difficulté : l’approche psychocorporelle

Lorsque l’on somatise, il est important d’être accompagné sur le plan médical d’une part par un médecin et sur le plan psychologique d’autre part au travers d’un accompagnement alliant le corps et la parole. Les méthodes d’accompagnement en thérapie psychocorporelle (aussi appelée somatothérapie) sont utiles dans ce cas. Cela permet par une écoute professionnelle et adaptée de faire le lien entre ce qui se passe dans sa vie et dans son corps, dans une approche psychothérapeutique centrée sur la personne.

Ce processus, cette exploration au travers des ressentis corporels offre à la personne la possibilité d’exprimer ce qui ne va pas ou qui la fait souffrir, d’identifier les causes de son mal-être, trouver des clés pour finalement dépasser ces blocages. Que ces derniers trouvent leur source dans une situation du présent ou bien du passé, proche ou lointain. Ce soutien s’effectue à travers l’expérience d’un(e) praticien(ne), formé(e) pour cela, qui adapte son soutien, à partir de l’histoire, des ressentis et des besoins de la personne, en s’appuyant sur une palette de techniques d’accompagnement psychique (écoute des ressentis, reformulation, analyse) et corporel (verbalisation, massage et toucher énergétique, respiration et mouvements en conscience, exercices de visualisation, etc.).

Philippe Bien

Somatothérapeute en Relation d’Aide par le Toucher ®

Pour en savoir plus sur mes propositions d’accompagnement : http://www.inamovemento.com

Pour en savoir plus sur ce thème :

  • La somatothérapie : une thérapie où le corps a la parole (blog). Accéder à l’article : clic-ici
  • Reprendre des forces avec la somatothérapie (Psychologies Magazine) : accéder à l’article clic-ici
  • Thérapie psychocorporelle (Santé Magazine – 11/02/2019) : accéder à l’article clic-ici
  • Aller mieux grâce à la Relation d’Aide par le Toucher ® (blog) : accéder à l’article clic-ici

Sources :

  • Sciences Humaines, Corps et Esprit, les influences réciproques, Martine Fournier et Romina Rinaldi, Août-septembre 2019
  • Sciences Humaines, De l’esprit au corps : la psychosomatique, Gilles Marchand, Février 2002
  • Doctissimo, Maladies psychosomatiques : quand l’esprit joue sur les maux
  • Santé Magazine, Maladie psychosomatique : une vraie maladie ?, C. Baudry, Octobre 2010
  • Anne Ancelin Schützenberger, Ces enfants malades de leurs parents, Petite bibliothèque Payot, 2003
  • Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, Albin Michel, 1994

Les propos, techniques et méthodes présentés dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, à l’exclusion de tout objectif médical ou paramédical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un médecin en cas de doute et à chaque fois que cela est nécessaire.

© Inamovemento – 2019 ; Crédit photo : Lmar Rmah ; Nik Shuliahin

Philippe Bien

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