Faut-il tout changer pour aller mieux ?

Changer. Ce thème fait régulièrement la une de nos quotidiens et magazines, des publications sur les réseaux sociaux. Il anime parfois avec passion nos débats entre amis ou collègues, en famille ou dans notre couple. A bien écouter, Il faudrait changer, parce que le monde autour de nous change … C’est pour ainsi dire le thème d’actualité par excellence : politique, travail, environnement social, écologie, religion… et il dépasse notre environnement extérieur pour atteindre notre monde plus intime, celui de notre développement personnel.

Changer, obligation ou besoin ?

On ne compte plus le nombre de fois où, à la lumière d’un article sur le sujet, on nous invite à changer, à modifier quelque chose en nous ou autour de nous : alimentation, rythme de sommeil, activité physique, relations amicales, dynamique du couple, sexualité, éducation des enfants … Tout un programme ! Mais ce qui ne devrait rester finalement qu’une invitation à explorer quelque chose de différent peut parfois vite tourner à l’obligation sociale, voire même morale. Et cela va de pair avec tout un tas de défis à relever, de choses à faire pour réussir (?) à changer : recettes à suivre, trucs et astuces à mettre en œuvre, règles de vie à respecter.

Toutes ces sirènes nous donneraient presque le tournis et l’on se demande bien finalement qui pourrait concrètement se souvenir de toutes les solutions proposées et les mettre en pratique aisément sans tomber dans une sorte de « tyrannie » appliquée contre soi-même au final.

Les risques ? Vouloir TOUT changer (parce qu’il le faut), alourdir notre charge mentale (déjà lourde), être confronté à l’échec, culpabiliser (de ne pas arriver à tout faire ou à changer ce qui devrait l’être), dégrader l’image que nous avons de nous-même. Autrement dit, tellement vouloir changer que nous n’y trouvons plus « notre propre compte », comme une perte de repères, de nous-même, une perte d’identité en somme.

Il revient donc de prendre le temps de clarifier si la volonté de changer fait plutôt écho à un besoin personnel (et si oui lequel ?) ou bien si c’est une réponse à l’impulsion d’un tiers : « j’ai besoin de besoin… » plutôt que « je dois ..ou tu dois changer».

Tout changer ? Pourquoi ? Pour quoi ? Pour qui ? Faire le tri !

L’être humain est doué d’une capacité d’adaptation extraordinaire. C’est ce qui le caractérise et c’est ce qui fait sa force. Il nous est tous naturellement possible de changer beaucoup de choses en nous. Mais l’homme est aussi doté d’un instinct de survie puissant, telle une force d’inertie, qui s’incarne notamment par nos habitudes, nos résistances dans nos comportements ou nos réactions. C’est ce qui constitue notre équilibre et tout cela nous protège aussi.

Donc, si il est possible de changer, il serait illusoire voire peut-être dangereux de penser que l’on peut et doit tout changer d’un coup, rien qu’en le décidant, et de surcroît le faire rapidement. Il est important, quand le vent du changement sonne à notre porte, de prendre un temps nécessaire pour s’interroger sur ce qui « doit » changer précisément dans notre vie, dans nos façons de faire ou de nous comporter et selon quelle priorité (ou degré d’urgence) : ce qui ne va pas, ne satisfait plus à nos besoins profonds, nous empêche de vivre mieux. Sur quel plan agir ? professionnel, social, familial ou intime (relation à soi) ?

Une fois cela identifié, clarifier pour nous-même quelles sont les raisons pour lesquelles il faudrait changer ? Dans ce cas, nous sommes notre seul « juge » et il est donc important de vérifier, par exemple, que nous le faisons bien pour nous-même et non pas parce qu’une autre personne nous le demande, ou bien parce que nous voulons plaire à l’autre. Parce que cela nous est utile directement, que cela est bien notre besoin : de mieux-être, de meilleure santé physique et psychique.

Changer ? oui, mais en sécurité !

Telle une loi de la physique, le changement implique un changement d’états, corporel et psychique. Nous partons d’une situation initiale pour en atteindre une autre, plus bénéfique d’abord pour soi (sinon, à quoi bon changer ?). Ce processus peut engendrer sa dose d’inconfort, de doute, mais pas forcément ! Si l’on pense que changer amène indiscutablement son lot de difficultés supplémentaires, il serait alors intéressant de s’interroger pourquoi nous pensons de la sorte ? Est-ce la peur qui nous anime alors ? Faisons-nous face à une croyance qui nous limite ? Une croyance que nous aurions sur la vie, héritée d’un de nos parents ou tuteurs, par exemple ?

Dans tous les cas, facile ou moins facile, pas de changement « réussi » donc véritablement incarné, sans respecter avant tout notre besoin fondamental de sécurité intérieure. Nous traverserons peut-être, au cours de ce voyage individuel, des territoires ou des situations méconnues, ce qui nous demande d’apprendre à faire différemment. Or, on ne peut pas apprendre et intégrer quelque chose de nouveau si nous ne nous sentons pas fondamentalement en sécurité à l’intérieur de nous-même. C’est lorsque l’on change de manière insécure que cela est difficile, inconfortable, voire tout bonnement impossible (échec). Il est donc important d’identifier ce qui nous procure de la sécurité intérieure et comment la préserver. Et si toutefois nous ne nous sentions pas suffisamment en sécurité à ce moment là, de se demander ce que nous pourrions dire ou faire pour l’être plus ?

Changer ? L’aide du corps par le mouvement conscient

Notre corps nous renseigne, à tout moment, sur ce qui nous convient ou pas : par les émotions qui nous traversent, par nos somatisations, nos réactions ou nos « tensions ». Un « désordre » ressenti sur ce plan est d’ailleurs souvent la raison qui nous pousse à agir, à vouloir changer quelque chose en nous ou autour de nous. De la même manière, quand nous accédons à du mieux, nous pouvons le ressentir dans notre corps : cet état « en mieux » dans la vie que nous avons atteint se reflète dans notre corps, tel un miroir de ce qui se passe pour nous.

Plus qu’un indicateur, le corps est donc notre meilleur allié tout au long de ce processus de résolution : de l’amorce du changement, en passant par la clarification de ce dont nous avons besoin pour changer, jusqu’à l’état qui nous inspire. L’écouter, c’est autant se mettre en capacité d’accueillir ce qui est là, que de se mettre en posture d’intégrer petit à petit ce qui se passe en nous et qui émerge, évolue.

Dans tout processus de changement qui fait appel à une évolution de soi, il est important de laisser autant que possible à notre corps un espace régulier pour qu’il puissent s’exprimer, se mouvoir en sécurité et dans un cadre bienveillant. C’est ce que procure, entre autres, la pratique régulière d’un sport ou d’une pratique corporelle où l’on met le corps en mouvement et où l’on fait « soi-même », offrant potentiellement un espace ouvert à la prise de conscience individuelle : la méthode Feldenkrais, le Yoga, le Tai Chi, Qi Qong, la Danse libre ou le Chant libre, etc… Un espace qui permet de trouver du soutien et de s’engager le plus librement possible dans notre processus d’évolution, à hauteur de ce que l’on PEUT faire.

Et si on n’y arrive pas seul ? S’entourer et demander de l’aide

Le changement, aussi bénéfique soit-il, aussi justifié soit-il, passe par la voie de l’apprentissage et le respect de notre sécurité, notre intégrité. Y arriver seul est possible, mais l’absence probable de repères à certaines étapes du processus peut nous emmener vers des situations de résistance, d’impasse, voire d’échec temporaire.

Aussi est-il important, lorsque nous entreprenons tout changement de vie, d’oser demander l’aide d’un tiers, d’être accompagné et pouvoir s’appuyer momentanément sur quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, quelqu’un qui nous soutient et nous encourage fondamentalement dans notre processus d’évolution quel qu’il soit, quelqu’un qui nous veut du bien. Ce sera peut-être l’aide dispensée par un proche comme un parent ou un ami si cela est possible, par un accompagnant social ou bien un thérapeute à l’écoute du corps si on sent que cela est nécessaire ou aidant.

Reste à se laisser imaginer, étape par étape, le chemin que l’on aimerait emprunter, comment le faire et à quelle vitesse ? Ouvrir le champs des possibles en restant curieux …

Philippe Bien

Somatothérapeute en Relation d’Aide par le Toucher ®

Pour en savoir plus sur mes propositions d’accompagnement, consultez mon site :

http://www.inamovemento.com

Les techniques et méthodes présentées dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, à l’exclusion de tout objectif médical ou paramédical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un professionnel de santé chaque fois que cela est nécessaire.

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Philippe Bien