Le sens de nos émotions

La nature même de l’émotion s’illustre parfaitement par son étymologie : provenant du latin ex-movere signifiant « mouvement vers l’extérieur », une émotion traduit la réaction physiologique et psychique que nous avons face à une situation extérieure que nous vivons, qu’elle soit agréable ou non.

Lorsque nous sommes traversés par une émotion, notre corps met en route une mécanique fine et complexe allant du traitement de l’information (évènement) à l’origine de la réaction à la réponse en elle-même (mouvement) et son intégration par le vécu (ressenti). C’est un mouvement spontané et naturel du corps. Mais à quoi sert-il ?

Il révèlerait en fait notre capacité à nous adapter à chaque situation de notre vie en nous poussant naturellement à agir, à réagir face à la situation rencontrée, dans une logique de préservation de notre évolution. Cet angle de vue présente l’émotion comme un moyen pour nous permettre de traverser « au mieux » la situation et nous aider à postériori en nous indiquant les besoins profonds à protéger ou satisfaire, aux valeurs universelles c’est à dire partagées par toutes les cultures : besoin de sécurité, de se sentir considéré, en lien avec l’autre, besoin de liberté, d’autonomie, de se sentir aimé et autorisé à aimer, de reconnaissance et d’expression de soi, d’avoir une place dans le monde, de se sentir en capacité d’exprimer sa sagesse, etc.

En synthèse, lorsque nos besoins sont respectés, la joie prédomine. Quand au contraire nos besoins ne sont pas satisfaits, la joie fait place à la colère, la tristesse ou la peur. C’est l’expression du Soi par le corps, un mouvement de l’intérieur vers le monde extérieur, doté de messages sur nous-même.

Peur, colère, tristesse et joie sont les quatre émotions primaires nous animant. Elles se révèlent parfois sous d’autres formes plus élaborées et mélangées. Par exemple, le mépris : une combinaison de la colère et de la peur d’exprimer celle-ci. Elles s’expriment de manière plus ou moins forte, mais on peut toujours revenir à ces quatre émotions de base pour comprendre ce qui se passe en nous :

La peur est une réponse émotionnelle reposant sur la partie fuite du réflexe « fuite-combat ». Elle nous permet de nous protéger d’un danger, d’une menace présente ou imminente en activant en nous l’état de vigilance ;

La colère, à l’inverse, est la réponse émotionnelle reposant sur la partie combat du réflexe « fuite-combat ». Elle nous sert à défendre, à préserver nos besoins, nos positions ou notre place dans ce monde, nos acquis ;

La tristesse, est la réponse émotionnelle exprimant la reconnaissance de la perte de quelque chose ou de quelqu’un d’important pour nous, le signe que nous souffrons d’un manque et elle nous aide en quelque sorte à l’accepter ;

La joie, enfin, s’exprime lorsque nos besoins sont globalement satisfaits. Elle nous indique clairement ce qui nous convient profondément, nous rend heureux.

Il est malheureusement encore d’usage de qualifier les émotions de négatives ou positives (la joie serait «positive», les autres non). Raisonner ainsi renforce surtout le jugement de valeur sous-jacent véhiculé depuis longtemps à travers notre histoire occidentale, notre éducation, les valeurs édictées par une société attachée à la performance et la maîtrise de soi («ce qui est bien versus mal», «tenir bon, au risque de subir», être «fort», «garder le contrôle») qui voudrait que certaines émotions seraient acceptables et d’autres moins, voire pas du tout. On voit bien là, la porte ouverte à des croyances engendrant culpabilité et frustration en chacun de nous : « si je me mets en colère envers quelque chose ou quelqu’un et que cela n’est pas accepté dans mon écosystème, par exemple, alors je me sens fautif de quelque chose ».

Le risque à cela, consisterait concrètement en ne pas s’autoriser à vivre ce qui est, ne pas dire ce que l’on ressent, donc réprimer physiquement et psychiquement cette part de nous-même qui s’exprime alors et qui nous indique ce qui nous convient vraiment ou pas, si l’on prenait le temps de l’écouter. Une forme de déni, souvent masqué par les postures de contrôle et de maitrise de soi, source de tensions si cela perdure, nous ramenant probablement au fait de nous interdire nous mêmes le Quoi plutôt que de s’interroger sur le Pourquoi et le Comment : pourquoi l’émotion surgit-elle et quel est le besoin à satisfaire ? Comment exprimer ce que l’on ressent vraiment, ce qui nous aiderait réellement ?

En somme, on considère de nos jours que toutes les émotions nous sont nécessaires pour notre équilibre, chacune présentant une valeur en soi. Car elles sont finalement perçues comme étant de précieux indicateurs sur notre état intérieur, nous guidant vers la satisfaction de nos besoins. Ce qu’elles sont ne serait pas la seule question ; il s’agirait aussi de s’interroger sur ce que l’on en « fait » ou pas ? Comment les traverser ? De quelle manière les exprimer au mieux, pour soi et les autres ?

Nous renvoyant alors à la question : comment apprendre à satisfaire et protéger nos besoins profonds, de façon respectueuse pour soi-même et celles et ceux qui nous entourent ?

Philippe Bien

Somatothérapeute en Relation d’Aide par le Toucher ®

Pour en savoir plus sur mes propositions d’accompagnement : www.inamovemento.com

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Les techniques et méthodes présentées dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, à l’exclusion de tout objectif médical ou paramédical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un professionnel de santé chaque fois que cela est nécessaire.

Sources :

À quoi servent les émotions ?, par Jean Garneau, psychologue dans La lettre du psy » Volume 1, No 2 (Octobre 1997) clic-ici

Peut-on gérer ses émotions ? par Christophe André dans Sciences Humaines (mai 2006) clic-ici

Crédit photo : Jay Dantinne

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Philippe Bien